Le front intérieur
Nos amis et collègues nous manqueront peut-être quand nous serons partis – mais ils continueront à vivre. Si nous avons un partenaire ou une famille, c’est différent. Chaque jour, chaque semaine, c’est aussi leur mission.
On prépare le départ
Nous pouvons laisser derrière nous bon nombre des routines et des responsabilités de la maison et du bureau. Ceux qui restent, cependant, s’occupent de tout sans nous et sans l’excitation de nos aventures.
Réfléchissez à ce dont vous vous occupez habituellement : factures, entretien de la voiture et de la maison, aller chercher les enfants, dépannage informatique. Faites tout votre possible pour mettre de l’ordre avant votre départ ou assurez-vous que quelqu’un d’autre dispose d’instructions claires sur ce qui doit être fait. Soyez très aimable avec cette personne à votre retour.
Préparez votre retour. À la fin de votre voyage, vous vous rendrez compte que vous avez perdu le fil de certaines tâches. Dressez une liste des choses à régler dès votre retour afin de ne rien oublier. (Prévoyez également quelques jours de récupération à votre retour, ainsi que du temps à passer avec votre famille. C’est pénible de descendre de l’avion et de retourner au bureau le lendemain matin. De toute façon, vous ne serez pas très productif.)
Restez en contact – mais pas trop
WhatsApp, les textos, les réseaux sociaux et les courriels sont à la fois une bénédiction et une malédiction pour les missions de courte durée. Ils nous permettent de rester en contact avec nos proches. Ils fournissent des sujets de conversation à notre retour, aident à résoudre les problèmes et nous aident à nous sentir plus ancrés lorsque nous sommes seuls sur le terrain.
Le risque est qu’ils deviennent un chez-soi virtuel – un piège qui nous donne l’impression d’être chez nous alors que nous sommes loin de chez nous. Pour être efficaces et nous sentir de plus en plus à l’aise dans notre nouvel environnement, nous devons nous y abandonner quelque peu. Nous devons souper dans des restaurants inconnus, accepter les invitations de nouvelles connaissances, nous contenter de regarder la télévision dans des langues incompréhensibles et observer avec émerveillement des matchs de cricket ou de bouzkachi.
Le défi consiste à trouver un équilibre. Lorsque ma femme ou moi sommes en mission, nous prévoyons de nous appeler seulement une ou deux fois par semaine, plus souvent uniquement en cas d’urgence. Cela nous permet de rester en contact et nous laisse plein d’histoires à raconter lorsque nous nous retrouvons. Il est important de ne pas fixer de calendrier rigide. Les services Internet tombent souvent en panne à l’étranger, et des attentes flexibles permettent d’éviter l’inquiétude et l’angoisse. Si vous avez de jeunes enfants, vous souhaiterez peut-être rester en contact plus souvent.
Mes collègues de CANADEM peuvent m’envoyer des courriels 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, lorsque je suis en déplacement, mais ils ont tendance à me contacter uniquement quand ils en ont besoin. Ils comprennent l’importance pour moi de pouvoir me concentrer pleinement sur la mission. À mon retour, une boîte de chocolats ou une autre friandise m’aide à me remettre dans le bain. (Choisissez toutefois vos friandises avec soin. J’ai découvert que les douanes canadiennes n’approuvent pas le jerky d’autruche.)
Faites attention à votre téléphone portable. Les frais d’itinérance vont monter en flèche si vous laissez les mauvaises applications activées. Prévoyez soit d’acheter et d’installer une carte SIM locale à votre destination, soit de laisser votre téléphone à la maison. Assurez-vous d’installer les dernières mises à jour de sécurité sur votre téléphone et votre ordinateur, et de sauvegarder vos données essentielles. Les virus étrangers et le vol constituent des risques potentiels.
Le défi de parler du voyage
Que dire pendant votre absence ? Si vous vous montrez trop enthousiaste, surtout si vous avez devancé les récits de malheurs de votre partenaire concernant les enfants ou les problèmes d’entretien, vous risquez d’avoir des ennuis. Concentrez-vous sur vos troubles intestinaux, le chaos routier et les priorités incompréhensibles de vos homologues, et vous obtiendrez soit un « à quoi vous attendiez-vous ? », soit un vol d’évacuation organisé par un groupe d’amis inquiets.
Après avoir mal géré cela pendant de nombreuses années, j’en suis venu à la conclusion qu’il est difficile pour les gens restés à la maison de comprendre ce que je vis, hors contexte. Pour chacun d’entre eux, je choisis désormais un aspect de l’expérience qui les intéressera – quelque chose sur la culture, la géographie, l’application inattendue de la technologie, la nourriture… tout ce qu’ils pourraient à leur tour transmettre à quelqu’un d’autre qui leur poserait la question. Et je ne parle pas trop tôt. Si j’écris quelque chose de réfléchi pendant la fin de semaine, je le garde pour moi jusqu’au milieu de la semaine pour être sûr que je suis toujours heureux de le dire, et de cette manière.
Si vous recevez des messages concernant les difficultés de votre partenaire, faites preuve d’empathie. Vous êtes en mission, tout comme lui ou elle, qui porte le fardeau pour vous deux à la maison.
Le défi est légèrement différent à votre retour. Tous vos voisins, amis et relations professionnelles vous demanderont : « Au fait, comment c’était à Xanadu ? » Vous disposerez d’environ une minute pour donner votre meilleure réponse et montrer peut-être une photo. La profondeur de votre expérience et la carte mémoire remplie de photos seront éclipsées par leur passage rapide aux sujets du sport local ou des événements du quartier. Ce n’est pas leur faute. Ils n’ont tout simplement pas les récepteurs nécessaires pour vos récits. Je me surprends à préparer à l’avance de petits extraits d’histoires pour différents publics. De temps en temps, je tombe sur quelqu’un qui s’y connaît vraiment et qui en veut plus – souvent en échange de mes écoutes de leurs histoires inédites. Cela peut être amusant. (Ou je me surprends à changer de sujet pour parler de sport local, selon le cas.)
Tenez un journal de vos expériences, de vos réflexions et de vos sentiments pendant votre séjour. Ce n’est pas pour votre biographe. C’est pour vous. Des années plus tard, vous le relirez et vous sourirez.
Pauvre prince Harry
« Ce qui se passe à Vegas reste à Vegas » est un mythe. Que nous soyons de la royauté ou de la petite bourgeoisie, nous sommes très exposés lorsque nous sommes loin de chez nous. Nos partenaires internationaux voient ce que nous faisons, et cela rejaillit sur nos organisations et notre pays. À l’extrême, certaines choses peuvent être illégales là-bas alors qu’elles ne le sont pas chez nous (p. ex., faire des commentaires publics ou même privés sur un dirigeant national).
Même ce qui semble privé, comme nos publications sur Facebook et autres messages, ne l’est pas. Un consultant international a publié une photo de lui sur la plage avec une légende humoristique : « Voilà ce que je fais quand le patron pense que je travaille ». L’image a fait le tour du web, et il s’est retrouvé sur un vol de retour précoce pour rentrer chez lui. Les messages peuvent prêter à confusion, hors de leur contexte. Faites attention. On prend le temps de peser le pour et le contre.
Ces derniers jours sont stressants pour nous tous. Soyez patient et indulgent envers vous-même et les autres. Demandez de l’aide. Anticipez le calme qui s’installera lorsque vous vous installerez dans votre siège d’avion, après avoir fait tout ce que vous pouviez faire.