Le personnel local est un élément clé
L’un de nos défis réside dans le fait que nous arrivons en tant qu’étrangers. Nous ne faisons pas partie de la communauté existante de collègues. Nous ne comprenons pas encore la culture et le contexte dans lesquels l’équipe évolue.
Nous disposons d’un délai court, d’un mandat à remplir et devons établir rapidement la confiance et des relations de travail efficaces.
CANADEM a demandé à certains de nos experts les plus performants ce qu’ils font pour maximiser leur impact. Dans cette note et la suivante nous partageons, dans leurs propres mots, certains de leurs conseils. Chaque mission implique des cultures et des circonstances uniques. Il n’existe pas de stratégie unique applicable universellement.
Le sujet qui est revenu le plus souvent concernait nos homologues nationaux.
Le personnel national : qui sont-ils et pourquoi sont-ils importants ?
« Il est important de mettre vos collègues locaux de votre côté. Ils sont la source de documents essentiels, d’antécédents et de réseaux de parties prenantes. Vous DEVEZ bénéficier du soutien actif de l’équipe du bureau. »
« Ils sont essentiels au bon fonctionnement et à la pérennité du programme. Ils restent sur place, même lorsque nous, les experts externes, allons et venons. »
« J’ai vu une personne appelée en renfort passer six mois à mettre en place un programme – et le jour où il est parti, tout s’est effondré, nécessitant l’intervention d’une autre personne en renfort. Travaillez avec le personnel national. Renforcez leurs capacités. Ils poursuivront le bon travail. »
Établir la confiance et les relations
« Dans les cultures axées sur les relations, le personnel national peut former une sorte de famille. Il est difficile de donner des orientations et des conseils de manière efficace lorsque l’on est un étranger. Au cours de la première semaine, positionnez-vous en tant qu’apprenant – sur les personnes, le bureau, le pays et le contexte des programmes en cours. »
« Posez des questions : « Je veux me sentir comme chez moi. Apprenez-moi, s’il vous plaît, comment m’adresser aux autres, comment m’habiller de manière appropriée, comment interagir efficacement avec les gens d’ici. » … Par exemple, en Éthiopie, beaucoup de gens ont trois noms : un prénom unique, celui de leur grand-père et un nom de famille. Apprenez quel est le bon nom à utiliser dans une relation spécifique, pas le plus facile. Posez des questions. »
« Interrogez le personnel national sur les partenariats importants – tant sur les personnes que sur les protocoles à respecter à tous les niveaux qui concernent votre travail – ONG, gouvernements, autres agences, communautés locales… »
« Renseignez-vous sur les questions de genre dans le pays – les comportements, les attitudes, ce que les hommes et les femmes font et ne font pas. C’est particulièrement important si votre travail vous amène à côtoyer les communautés locales. »
« Tenez tout le monde informé. Demandez leur avis. Montrez votre respect. Remerciez les gens. Reconnaissez publiquement leur travail. »
« Intégrez-vous à l’équipe. Faites partie du groupe WhatsApp. Tenez-vous au courant de ce qui se passe. Cela peut être plus difficile dans les grandes villes où les membres du personnel local ont des familles auprès desquelles ils rentrent à la fin de la journée de travail. Profitez du lunch pour créer des liens. Rejoignez-les. »
« Ma clé du succès : j’arrive tôt au travail tous les jours et je passe de bureau en bureau pour saluer tout le monde. »
Ce qui peut mal tourner et comment y remédier
« Ne vous présentez pas comme l’expert qui sait tout. Ceux qui sont sur place connaissent le travail et le contexte. Notre rôle est de les soutenir – en tant qu’observateurs externes. Nous pouvons voir les lacunes – ce qui peut être ajouté pour améliorer encore ce qu’ils font. Nous sommes là pour EUX. »
« J’ai vu des intervenants internationaux qui se donnent des airs et qui ne respectent pas le personnel local ni la culture locale. Ils ont plus de mal à instaurer la confiance, à obtenir les informations et le soutien dont ils ont besoin, et à faire un travail efficace et durable. »
« L’équipe en place peut ne pas accepter rapidement les nouveaux venus. Elle sait que les personnes externes ne comprennent pas les contraintes dans lesquelles elle travaille. Parfois, on craint qu’un changement soit imposé, alors que des systèmes ont été créés et mis en place pour que les choses fonctionnent dans ce contexte unique. »
« Ils savent aussi combien nous gagnons. Ils se demandent probablement : « Pourquoi n’est-ce pas l’un d’entre nous qui a été embauché pour ce poste ? » Ce que nous offrons, ce sont les perspectives, les outils et les expériences que nous apportons d’autres environnements. Nous contribuons à renforcer leur expertise en partageant ce qui apporte une valeur ajoutée dans ce contexte unique. »
« Commencez par reconnaître ce qu’ils ont déjà accompli. Parlez d’égal à égal, sans opposer les « internationaux » aux « nationaux ». Nous avons tous un rôle à jouer. »
« On me trouve parfois un peu lent sur le plan opérationnel. J’ai appris qu’il est important de prendre le temps d’observer comment ils travaillent. Soyez franc. Dites à votre supérieur : « Je serai lent au début. J’ai besoin de comprendre ce qui se passe et comment les choses se font afin d’apporter la contribution la plus efficace et la plus durable possible… »
« Brillez en restant en retrait. Donnez les moyens d’agir aux autres membres du personnel. Nous sommes là pour soutenir, pas pour être la vedette du film. »