Les héroïnes de Vanuatu
Des cyclones à la résilience
David Palazón avec le FNUAP au Vanuatu
Spécialiste des communications
Vanuatu, l’État insulaire du Pacifique Sud, est un pays de contrastes : sa beauté naturelle saisissante contrebalance sa vulnérabilité aux catastrophes naturelles meurtrières comme les cyclones, les tremblements de terre et les tsunamis. En mars 2023, le pays a subi la fureur des cyclones tropicaux Judy et Kevin, qui ont causé d’importants dégâts touchant 130 000 personnes. Cette situation a mis les femmes et les filles particulièrement à risque en raison d’un accès limité aux soins de santé reproductive et à d’autres services essentiels.
David Palazón, un associé de CANADEM, a été déployé au Vanuatu de mai à août 2023 à titre de spécialiste des communications en renfort d’urgence auprès du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). Soutenu par le Bureau d’aide humanitaire de l’USAID, son rôle principal consistait à documenter les efforts humanitaires du FNUAP axés sur la protection et les besoins en santé sexuelle et reproductive des femmes et des filles dans les zones touchées par les cyclones. Les objectifs du FNUAP étaient triples : renforcer le personnel de santé local, distribuer des fournitures essentielles d’hygiène menstruelle et établir des espaces sûrs pour les femmes et les filles dans les zones les plus durement touchées.
Les interventions d’urgence du FNUAP ont donné des résultats tangibles. En l’espace d’un déploiement d’urgence de deux mois, les équipes de sages-femmes ont fourni des services de santé sexuelle et reproductive à plus de 1 500 femmes et filles et ont mené plus de 6 000 séances de sensibilisation et de conseil. Avec ses partenaires ActionAid et Care Vanuatu, le FNUAP a distribué plus de 3 200 trousses de dignité et de gestion de l’hygiène menstruelle dans les zones les plus touchées. Le FNUAP a établi cinq espaces conviviaux pour les femmes et les filles dans la province d’Éfaté, attirant plus de 600 femmes dès les trois premiers jours, ce qui témoigne des besoins immédiats et de l’engouement pour cette initiative communautaire
Je dois une profonde gratitude à l’équipe humanitaire du bureau sous-régional du FNUAP pour le Pacifique, et en particulier au personnel et aux partenaires dévoués au Vanuatu, d’avoir facilité ma mission. Mais avant tout, ce récit est un hommage aux femmes que j’ai rencontrées au Vanuatu. Leurs efforts courageux, souvent invisibles, tissent une tapisserie vivante de solidarité communautaire et d’autonomisation des femmes. Ce sont elles les véritables héroïnes de ce récit : elles ont façonné non seulement mon expérience, mais aussi l’avenir de leurs communautés.

Janet Orah, administratrice de conseil sur l’île d’Épi, utilise son quad pour rejoindre sa communauté, où elle défend le leadership des femmes et l’inclusivité. « Quand les femmes prennent l’initiative, nous pouvons accomplir des changements importants, que ce soit dans notre famille, dans notre communauté ou sur l’île entière », dit-elle.

Les trousses de dignité se sont révélées bien plus que des fournitures d’hygiène : elles ont ouvert la porte à des discussions plus larges sur la santé sexuelle et reproductive (SSR) et la violence centrée sur le genre (VCG). Lizzie Molli, coordonnatrice des moyens de subsistance d’ActionAid, a animé des séances de sensibilisation sur ces sujets cruciaux. « Autonomiser les femmes au Vanuatu, en particulier dans les situations d’urgence, est ma passion motrice », dit-elle.

Dans un élan de solidarité régionale, des sages-femmes fidjiennes ont rejoint leurs homologues ni-vanuatu pour une marche au bord de l’eau à l’occasion de la Journée internationale des infirmières. Les sages-femmes fidjiennes avaient été déployées par le FNUAP pour renforcer le personnel de santé reproductive après le cyclone. « Soutenir le personnel local était notre mission », explique Emily, à l’extrême gauche.

Selina Solman, 28 ans, capitaine de l’équipe féminine de cricket du Vanuatu, parle ouvertement de la façon dont elle bouscule les attentes liées au genre. « Certains membres de ma famille me suggèrent parfois de rester à la maison à cuisiner le lap-lap (manioc). Ils ne voient que la femme, pas la joueuse de cricket », explique-t-elle, mais malgré de tels commentaires, Selina y voit une occasion de renforcer sa confiance en elle.

Roslyn David, spécialiste de programme pour le FNUAP Vanuatu, est photographiée souriante lors d’une formation communautaire des espaces sûrs pour les femmes et les filles. En tant que ma principale interlocutrice au bureau de terrain du FNUAP, sa gentillesse et son expertise ont été inestimables. « J’adore ce récit, David. Il respire la force des femmes au Vanuatu », dit Roslyn après avoir lu l’un de mes récits sur de jeunes joueuses de cricket qui font la promotion de l’égalité des genres au Vanuatu.

Meriel Keni, 26 ans, une pionnière, est la première femme arbitre internationale de cricket du Vanuatu. Conciliant son travail d’agente de crédit et son rôle de mère monoparentale, Meriel a fait ses débuts internationaux en 2022. Confrontée à des défis sur le terrain comme en dehors, y compris des épreuves personnelles, elle demeure inébranlable. Lorsqu’on lui demande un conseil pour les filles qui pourraient affronter des défis semblables, Meriel souligne l’importance de se prioriser. « Il faut parfois perdre pour gagner. Dans mon cas, j’ai perdu beaucoup d’amies qui n’ont jamais soutenu ma passion pour le cricket. Mon ex-partenaire n’est jamais venu regarder aucun de mes matchs », raconte-t-elle, donnant un exemple audacieux pour les femmes dans le sport.

Sarah Maia, une sage-femme, se tient debout parmi les ruines d’une salle de clinique endommagée par le cyclone à l’hôpital Lenakel. Plus de la moitié des femmes du Vanuatu avaient déjà subi des niveaux élevés de violence physique ou sexuelle avant le cyclone. « Le cyclone a accru la vulnérabilité des femmes aux agressions sexuelles », confie Sarah, elle-même survivante de violence centrée sur le genre (VCG).

Toutes les femmes du village de Nuvi se rassemblent joyeusement devant leur Nakamal après avoir reçu leurs trousses de dignité lors de la distribution du FNUAP. Ces trousses fournissent à ces femmes l’essentiel pour préserver leur santé, leur hygiène et leur dignité.

Marie Wawa, une mère de 24 ans, a tenu la vedette du film « Tanna », nommé aux Oscars, une production australienne et ni-vanuatu inspirée de l’histoire de Roméo et Juliette. Dans le film, elle incarne une jeune femme qui choisit l’amour plutôt qu’un mariage arrangé traditionnel. « J’adore jouer la comédie, mais l’amour bien réel que je partage avec mon mari surpasse même celui que j’ai incarné à l’écran », dit Marie en revenant sur son expérience.

Rosineth Kaio, 32 ans, directrice adjointe des études à l’école secondaire Kwataparen, est pionnière de l’éducation à la vie familiale dans son programme scolaire. Couvrant des domaines clés comme la santé sexuelle et les relations saines, elle brise des tabous culturels. Sa vision est de donner une portée nationale à ce programme, en mettant l’accent sur les adolescents. « Cet atelier n’est pas une simple coïncidence », affirme-t-elle après avoir participé à la formation de l’espace convivial pour les femmes et les filles du FNUAP. Elle souhaite faire de son école un modèle d’éducation à la santé sexuelle au Vanuatu.

Dans leur salle de classe de l’école secondaire d’Épi, un groupe de filles confiantes présente fièrement l’une des trousses de gestion de l’hygiène menstruelle du FNUAP reçues lors d’une séance de sensibilisation à l’hygiène menstruelle.

Une mère tannaise participe à la cérémonie de circoncision de son fils, un rite de passage important vers l’âge adulte, illustrant le rôle essentiel des femmes tannaises dans la préservation des traditions et la formation du patrimoine culturel de l’île.

Par pur hasard, nous avons rencontré Rose Marie, une mère de 25 ans qui avait accouché pendant la nuit tumultueuse du cyclone. « Ma peur a monté en flèche à mesure que la tempête s’intensifiait, mais la présence de la sage-femme à mes côtés a fait toute la différence. Son calme et sa concentration m’ont aidée à accoucher de mon bébé en toute sécurité. En signe de gratitude, nous avons prénommé le bébé Judy, d’après le cyclone », raconte Rose Marie, le visage illuminé d’un sourire joyeux.

Emily Niras pose devant le mont Yasur, le volcan emblématique de Tanna. Emily, originaire de l’île de Tanna, a été la guide parfaite durant ma mission. Elle m’a fait découvrir de façon précieuse les traditions autochtones tannaises entourant la menstruation et la santé sexuelle et reproductive. Dans cette culture, les femmes sont considérées comme des « Swatu », les liens symboliques qui unissent les familles avec amour et sollicitude. « Nous sommes comme le Napeuk, le grand banian qui marque le bout du chemin et le point de rassemblement des cérémonies communautaires. Dans notre rôle de Tupunes (nourriture), nous assumons fièrement le devoir de nourrir nos familles et nos communautés », explique Emily Niras.
Alors que je me préparais à quitter le Vanuatu, les leçons tirées de ces femmes incroyables sont restées dans mes pensées. Chaque récit témoignait de la force durable des femmes face à l’adversité, de leur capacité à bâtir, à nourrir et à guérir leurs communautés.
À mon retour à la maison, la vie m’a offert un magnifique retour aux sources : ma femme et moi avons découvert que nous attendions une petite fille. Ayant été témoin de la résilience et de la force des femmes du Vanuatu, je ne pouvais m’empêcher de ressentir un émerveillement et une anticipation accrus à l’idée de la femme que notre fille pourrait devenir.
Ce fut une belle coïncidence qui résumait l’essence de mon voyage : un voyage qui ne consistait pas seulement à documenter la vie des autres, mais aussi à enrichir ma propre compréhension de la résilience, de la féminité et de l’expérience humaine que nous partageons.
Toutes les photos © David Palazón / FNUAP
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