~ Un besoin criant ~
Primo Madra avec le FNUAP en Ukraine
Coordonnateur de la santé sexuelle et reproductive
La guerre en Ukraine a eu de graves répercussions sur la capacité de la population à accéder aux soins de santé. Selon les données de surveillance de l’OMS sur les attaques contre les services de santé, l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022 a entraîné la destruction partielle ou totale de centaines d’établissements de santé par des attaques de missiles. Les bombardements intensifs ont également provoqué des déplacements massifs de population depuis l’est, le nord-est et le sud-est du pays vers des zones relativement plus sûres dans l’ouest du pays. Des millions de personnes ont même dû traverser la frontière pour se réfugier dans les pays voisins.
L’afflux de personnes déplacées internes (PDI) a submergé les établissements de santé dans les zones d’accueil en Ukraine. Les travailleurs de la santé étaient surchargés de travail et devaient travailler dans des conditions très stressantes, sous des attaques de missiles continues. De nombreux travailleurs de la santé ont aussi fui la guerre. Les approvisionnements s’épuisaient avant le réapprovisionnement suivant, car les systèmes normaux d’approvisionnement en matériel médical étaient perturbés.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), en 2022, plus de 14 millions de personnes avaient besoin d’aide pour accéder aux soins de santé. Parmi elles, 9,4 millions de femmes en âge de procréer, dont plus de 250 000 étaient enceintes et quelque 80 000 accouchaient chaque trimestre. Des soins qualifiés pendant la grossesse et à l’accouchement sont de la plus haute importance et doivent être maintenus même en temps de guerre afin d’éviter une augmentation des décès et des problèmes de santé maternels et néonatals. Les femmes qui ont besoin d’un approvisionnement continu en contraceptifs pour éviter une grossesse non désirée, en particulier en période de crise, doivent également en bénéficier. Les droits des femmes et des filles doivent donc demeurer au centre de l’intervention humanitaire, et leur droit d’accoucher en toute sécurité et de vivre en paix ne peut être mis en veilleuse en temps de guerre.
Des partenaires internationaux ainsi que des ONG locales sont venus appuyer le gouvernement pour assurer un accès continu aux soins de santé pour les populations touchées. Il est essentiel que les partenaires coordonnent leurs actions afin d’éviter le chevauchement des efforts et de veiller à ce que leurs interventions combinées soient complémentaires et synergiques. Il importe également de recenser et d’aider les populations les plus vulnérables. Or, le mécanisme de coordination d’avant-crise dirigé par le gouvernement en temps normal a été quelque peu compromis au lendemain de la crise. Le système humanitaire de coordination par groupes sectoriels (clusters) a donc été activé pour appuyer le gouvernement et assurer une intervention coordonnée.
J’ai été déployé par CANADEM à titre de coordonnateur de la santé sexuelle et reproductive auprès du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP). L’un de mes rôles consistait à diriger le groupe de travail technique sur la santé sexuelle et reproductive ainsi que la santé maternelle et infantile (SRMCH) au sein du groupe sectoriel Santé, afin d’appuyer la coordination des services de santé sexuelle et reproductive et de veiller à ce que les personnes touchées par la crise aient accès à des services de santé génésique vitaux.
Nos actions étaient guidées par la norme humanitaire en matière de santé sexuelle et reproductive, à savoir l’Ensemble minimal d’interventions initiales (MISP) en santé génésique, un ensemble d’interventions de santé sexuelle et reproductive dont l’efficacité est avérée pour prévenir l’augmentation des décès et des problèmes de santé liés à la santé sexuelle et reproductive en situation de crise.
Le forum de coordination SRMCH réunissait plus de 50 organismes possédant une expertise dans la prestation de services de santé sexuelle, reproductive, maternelle et infantile. La plateforme a permis au gouvernement ukrainien et aux travailleurs de la santé de collaborer étroitement avec leurs homologues internationaux, qui avaient l’expérience de la mise en œuvre d’interventions de santé sexuelle et reproductive dans des contextes de crise ailleurs, afin de trouver des solutions adaptées au contexte qui ont permis de maintenir les services même après la perturbation du système de santé causée par la crise.
« Au plus fort de la crise, nous étions submergés par l’afflux massif de PDI, bien que les activités se soient maintenant quelque peu stabilisées et soient devenues plus planifiées, grâce à l’aide de partenaires internationaux qui ont partagé des pratiques et des stratégies fructueuses adaptées à ces conditions et fourni des approvisionnements dont nous avions grandement besoin », a déclaré une directrice d’un établissement de santé de l’oblast de Vinnytsia lors d’une réunion de coordination.
« … la stratégie d’accouchement et les pratiques d’accouchement ont été modifiées, les abris antibombes ont été adaptés pour les accouchements, tout comme la pratique du travail avec les femmes lors des consultations prénatales et avec les médecins de famille », a-t-elle ajouté.
La distribution des trousses interorganismes de santé génésique (trousses IARH), nécessaires à la mise en œuvre de l’ensemble d’interventions de santé génésique en situation de crise, a également été abordée lors de ces réunions. Les trousses IARH, qui sont conditionnées et stockées par le FNUAP, sont conçues pour un déploiement rapide dès le début d’une crise, partout dans le monde. Le FNUAP a livré et distribué des trousses de santé génésique pour répondre aux besoins de plus de 5 millions de femmes et, à la fin d’octobre 2022, plus de 10 000 femmes avaient bénéficié de divers services de santé génésique grâce aux équipes mobiles soutenues par le FNUAP.
Les trousses fournies par le FNUAP se sont avérées très utiles dans ce contexte, comme en témoigne une directrice d’établissement de santé à Vinnytsia : « Les trousses interorganismes de santé génésique fournies par le FNUAP ont été très utiles, en effet. Par exemple, les stérilisateurs contenus dans ces trousses, qui n’ont pas besoin d’électricité, ont été particulièrement utiles à la suite des pannes de courant devenues fréquentes en raison des frappes de missiles. Les stérilisateurs que nous avions à l’hôpital fonctionnaient tous à l’électricité ».
Le mécanisme de coordination mis en place en Ukraine a donc permis de réunir les partenaires humanitaires pour collaborer étroitement avec les autorités sanitaires locales afin de veiller à ce que les populations les plus touchées soient atteintes et que personne ne soit laissé pour compte en matière de soins de santé sexuelle et reproductive. Ce soutien a permis de faire en sorte que les droits des femmes et des filles demeurent au centre de l’intervention humanitaire en Ukraine, de sorte que leur droit d’accoucher en toute sécurité et de vivre en paix n’ait pas été négligé pendant cette guerre.
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