~ Une approche de tolérance zéro ~
Lauren Borg avec le HCR en Roumanie
Spécialiste d’urgence de la protection contre l’exploitation et les abus sexuels
Depuis le début du conflit en Ukraine en février 2022, on a enregistré plus de 1,8 million de passages de la frontière vers la Roumanie, et plus de 107 000 réfugiés ont obtenu une protection dans le pays. En janvier 2023, les femmes et les enfants constituaient la majorité – 77 % – des réfugiés qui franchissaient la frontière ukraino-roumaine. Le profil de la plupart des réfugiés d’Ukraine – ménages dirigés par des femmes, personnes âgées et enfants – les expose à un risque accru d’exploitation et d’abus sexuels (EAS), y compris de la part de travailleurs humanitaires.
Tandis que des cas d’exploitation et d’abus sexuels continuent d’être signalés dans divers contextes humanitaires et de développement, le HCR, en tant qu’agence chef de file de la coordination de l’intervention en faveur des réfugiés d’Ukraine, a fait de la protection contre l’exploitation et les abus sexuels (PEAS) une priorité dès le départ. J’ai été déployée par CANADEM en août 2022 comme spécialiste d’urgence de la PEAS pour travailler avec le HCR en Roumanie. L’implication de travailleurs humanitaires dans l’exploitation et les abus sexuels constitue une violation flagrante de la confiance que placent en eux les personnes envers qui ils sont avant tout redevables, c’est-à-dire les personnes qu’ils servent.
Aussi sombre que cela puisse paraître, le risque d’exploitation et d’abus sexuels continuera probablement d’imprégner les contextes humanitaires. Il est donc impératif que les agences d’aide et les organismes poursuivent leurs efforts afin d’empêcher les incidents de se produire en premier lieu, de mettre en place des mécanismes de signalement sûrs et accessibles et d’adopter une approche centrée sur les victimes lorsque de tels incidents surviennent. À cette fin, pendant mon déploiement avec CANADEM, j’ai donné la priorité à la mobilisation des partenaires du HCR pour m’assurer que des mesures de protection sont en place et pour appuyer le renforcement des capacités organisationnelles de prévention de l’EAS et d’intervention en la matière.
Plusieurs partenaires – dont beaucoup sont de petits organismes locaux – sont nouveaux dans le domaine humanitaire, plusieurs ayant surtout travaillé à des projets sociaux avant l’afflux de réfugiés dans le pays. Les capacités de protection contre l’EAS étaient généralement faibles, mais la volonté de renforcer les mesures de protection était évidente dès le départ. Après avoir évalué la capacité des partenaires à prévenir, à atténuer et à répondre à l’exploitation et aux abus sexuels commis par des membres du personnel, j’ai élaboré avec eux des plans d’action visant à renforcer les mesures de protection et les capacités à l’échelle de l’organisme, notamment en matière de politiques internes, de processus de RH, de mécanismes de signalement, de procédures d’enquête et d’aide aux victimes. Les agences de l’ONU exigent que les organismes partenaires respectent les normes fondamentales en matière de PEAS. Mon déploiement avec CANADEM a permis au HCR de disposer de personnel dédié à la PEAS. Cela a contribué à faire en sorte que les partenaires soient accompagnés pour satisfaire à toutes les exigences de ces normes, ce qui renforce directement l’environnement de protection global des personnes ayant besoin d’aide humanitaire.
Le renforcement des capacités organisationnelles de protection contre l’EAS est essentiel pour amorcer un changement de culture au sein des organismes humanitaires et garantir que la responsabilité incombe aux organismes et à leur personnel. Ce n’est qu’à cette condition qu’un changement systémique peut se réaliser et que des politiques de tolérance zéro à l’égard de l’exploitation et des abus sexuels puissent être concrètement appliquées.
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